
Avec Les racines du futur : le combat d’Abiba contre l’invisible, la romancière guinéenne Néné Hawa explore les tensions entre traditions et modernité, les secrets de famille et les blessures transmises de génération en génération. Nourrie par les grandes figures de la littérature africaine et par son expérience de la société guinéenne, l’auteure propose un récit qui interroge notre rapport aux origines et à la liberté individuelle. Dans cet entretien, elle revient sur la genèse de son roman, son engagement en faveur des femmes, sa conception de l’héritage culturel et ses ambitions littéraires. Disponible sur Amazon en versions papier et numérique, son ouvrage sera bientôt accessible en Guinée.
Mediaguinee: Vous venez de publier Les racines du futur : le combat d’Abiba contre l’invisible. Comment est née votre passion pour l’écriture et qu’est-ce qui vous a conduite à devenir romancière ?
Néné Hawa: Je suis une jeune femme guinéenne, mariée, qui vit en Allemagne depuis quelques décennies. Mon histoire avec les mots a véritablement commencé sur les bancs de l’école. Enfant, puis lycéenne, je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Je passais sans difficulté des intrigues pleines de suspense d’Agatha Christie aux grandes histoires d’amour de Danielle Steel.
Mes amis d’enfance s’en souviennent encore. Aïda Kaba, Deka, Vieux Dalein et d’autres partageaient avec moi cette même passion pour la lecture.
Au fil des années, cet amour des livres s’est naturellement approfondi. Dans ma famille, l’attachement aux lettres est un héritage bien vivant. Mon frère est un journaliste reconnu en Guinée. C’est peut-être une histoire de famille ! (Rires.)
J’ai ensuite découvert les grandes figures de notre littérature africaine. J’ai été sensible à la poésie du vécu chez Camara Laye et Tierno Monénembo, à la force de dénonciation de Mongo Beti et d’Ahmadou Kourouma, ainsi qu’au regard courageux de Mariama Bâ, Fatou Diome et Djaïli Amadou Amal. Au contact de ces auteurs, mon simple plaisir de lire s’est transformé en un besoin de raconter notre société et d’écrire sur ce que nous vivons réellement.
J’ai également créé le site internet nenehawa.com, consacré à la femme guinéenne, à une époque où les sites d’information et d’expression en ligne étaient encore peu nombreux. Cette aventure a duré plus de dix ans. Aujourd’hui, elle a été mise en retrait avec l’essor des réseaux sociaux, qui ont démocratisé la création de contenus.
Comment vous est venue l’idée de ce premier roman ? Part-elle d’une observation particulière de la société ?
L’idée est née d’un constat très simple : autour de nous, on oppose constamment modernité et traditions, comme s’il fallait renier ses origines pour pouvoir avancer.
J’ai observé trop de déchirements intérieurs, trop de silences et de secrets de famille qui finissent par briser des vies. Le personnage d’Abiba est né de cette réflexion. Je voulais raconter l’histoire d’une femme qui refuse ce dilemme artificiel et choisit d’interroger son passé, sa lignée et ses héritages afin de tracer son propre chemin.
Votre titre est particulièrement évocateur. Que signifient Les racines du futur et le sous-titre Le combat d’Abiba contre l’invisible ?
Le titre repose sur une évidence : l’avenir ne part jamais de zéro, il a besoin d’un socle. Avoir des racines solides n’empêche absolument pas de grandir. Bien au contraire, ce sont elles qui nous évitent de tomber lorsque le vent souffle fort.
Quant au sous-titre, il résume la véritable nature de l’épreuve d’Abiba. L’invisible dont il est question n’est pas seulement mystique. Il représente aussi le poids des non-dits, les peurs transmises d’une génération à l’autre, les attentes silencieuses de la société et les traumatismes enfouis.
Abiba doit affronter ces zones d’ombre pour trouver enfin sa propre voie.
Qui est Abiba et quelles sont les principales épreuves auxquelles cette héroïne est confrontée ?
Abiba est une femme debout, lucide et profondément humaine. Elle évolue au carrefour de deux réalités : le rythme effréné de la ville et la mémoire tranquille du village.
Ce qui me touche particulièrement chez elle, c’est qu’elle refuse les solutions de facilité. Face aux silences de sa famille et aux attentes de son entourage, elle ne tombe ni dans la révolte aveugle ni dans la soumission passive. Elle avance avec ses blessures, sa dignité et une véritable volonté de trouver la paix.
Chacun peut se reconnaître dans ses doutes et dans cette force tranquille qui la pousse à réparer l’histoire des siens.
L’invisible occupe une place centrale dans votre récit. Comment avez-vous construit cette dimension pour maintenir le lecteur en haleine ?
Cet invisible a plusieurs visages. Il possède une dimension spirituelle, liée à nos croyances traditionnelles et au respect des ancêtres, mais il est également psychologique et social.
Il représente les tabous, les dettes invisibles envers le passé qui nous entravent et les blessures familiales que nous préférons garder sous silence.
Pour tenir le lecteur en haleine, je me suis inspirée des ressorts du suspense d’Agatha Christie. L’histoire progresse par étapes : chaque secret dévoilé en soulève un autre. J’ai voulu préserver un équilibre entre l’émotion, le réalisme social et le respect de nos réalités culturelles.
Votre roman interroge les rapports entre traditions africaines et modernité. Comment préserver ses racines culturelles tout en construisant un avenir différent ?
On fait souvent l’erreur de croire que progresser oblige à tirer un trait sur le passé. C’est faux. Regardons simplement les sociétés asiatiques.
Nos racines ne sont pas des prisons, ce sont des boussoles.
Bâtir un avenir différent ne signifie pas tout effacer, mais plutôt faire preuve de discernement. Il s’agit de conserver la bienveillance, la sagesse et la solidarité de nos traditions pour enrichir notre vie d’aujourd’hui.
Vivre avec son temps tout en restant fidèle à ses origines, c’est utiliser ce que nos parents nous ont transmis de meilleur pour construire demain, sans cesser d’être soi-même.
À travers Abiba, avez-vous également voulu mettre en lumière les difficultés rencontrées par les femmes africaines et leur volonté de prendre leur destin en main ?
Tout à fait. Mon engagement en faveur des femmes est profond, mais je le défends sous l’angle de l’équité plutôt que d’une égalité théorique qui voudrait gommer nos spécificités.
L’équité et la complémentarité consistent à respecter la dignité de la femme, à reconnaître sa place essentielle au cœur de la famille et de la société, tout en lui donnant les mêmes chances de choisir sa vie et de réussir.
Abiba ne cherche pas à imiter les hommes. Elle s’affirme par son courage, ses repères et sa volonté de briser les chaînes de la douleur. Elle incarne ces femmes africaines qui prennent leur vie en main sans jamais renier leur dignité.
Dans cette aventure, elle est d’ailleurs accompagnée très naturellement par son mari.
Quelle place les réalités culturelles et sociales de la Guinée occupent-elles dans votre roman ? Les lecteurs pourront-ils s’y reconnaître ?
La Guinée est le cœur battant de ce livre. On y retrouve l’agitation de nos villes, la gravité des villages, la chaleur des foyers et la richesse de nos coutumes.
Les lecteurs reconnaîtront des situations familières : ces réunions familiales où un simple silence peut tout dire, le poids des convenances, l’entraide communautaire ou encore les désaccords entre générations.
C’est une histoire profondément guinéenne, mais les émotions qu’elle met en scène parlent à tout le monde.
Au-delà de l’intrigue, quel message essentiel souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?
Le message essentiel est qu’un passé douloureux et des secrets de famille ne doivent pas nécessairement dicter notre avenir. Nous ne sommes pas condamnés à répéter les erreurs de nos parents : nous pouvons changer le cours des choses.
J’aimerais que le lecteur referme ce livre avec une certitude : nos racines ne nous clouent pas au sol, elles nous aident à tenir debout face aux difficultés.
C’est en affrontant ce qui nous fait peur que l’on peut enfin trouver la paix.
Qu’est-ce qui distingue votre roman des autres œuvres consacrées aux traditions, aux croyances et aux transformations des sociétés africaines ?
Ce livre se distingue par son refus des clichés. Trop souvent, on oppose de manière caricaturale une Afrique traditionnelle, considérée comme arriérée, à une modernité occidentale présentée comme l’unique voie de libération.
Dans mon roman, ces deux univers apprennent à se parler et à coexister.
Sur le plan littéraire, j’ai voulu associer le rythme d’un roman à suspense à la profondeur des grands récits consacrés aux sociétés africaines. Je souhaitais proposer une histoire prenante, facile à lire, mais qui donne également matière à réfléchir.
La publication d’un premier roman est souvent l’aboutissement d’un long travail. Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours de l’écriture ?
C’est un travail de longue haleine. Le plus difficile a été de trouver le bon rythme : maintenir une intrigue vivante sans négliger la profondeur psychologique et humaine des personnages.
Il fallait aussi aborder cet invisible avec pudeur, sans tomber dans l’exagération.
Cette expérience m’a appris la patience, l’attention aux détails et l’importance d’un travail d’écriture régulier. Pour toucher les lecteurs, il faut d’abord être honnête avec soi-même sur le papier.
Votre livre est disponible sur Amazon. Pourquoi avoir choisi cette plateforme et que représente cette ouverture internationale pour la littérature guinéenne ?
J’ai choisi Amazon parce que je voulais être lue partout et sans attendre. Nos communautés et les amoureux de nos littératures sont installés aux quatre coins du monde. Cette solution permet de dépasser les contraintes liées au transport et aux frontières, en quelques clics.
Pour la littérature guinéenne, c’est une vitrine directe. Nos récits méritent de circuler aussi facilement à Conakry qu’à Paris, Dakar ou Montréal. C’est une occasion de faire voyager nos voix bien au-delà de notre territoire.
Il faut également reconnaître que les maisons d’édition traditionnelles ne proposent pas toujours aux auteurs débutants des conditions satisfaisantes. Les plateformes numériques offrent donc d’autres possibilités pour publier et faire connaître son travail.
À quels lecteurs destinez-vous prioritairement votre ouvrage ?
Ce roman s’adresse véritablement à tout le monde, parce que les thèmes qu’il aborde nous concernent tous.
Les jeunes en quête de repères pourront s’y reconnaître, tiraillés entre l’autorité des anciens et leur désir de liberté. Les femmes y trouveront un écho à leurs combats quotidiens et à leur détermination. Les passionnés de culture africaine découvriront une plongée vivante et sincère dans notre quotidien guinéen.
Enfin, toute personne qui s’interroge sur son parcours sera sensible à cette démarche : celle d’un être humain qui cherche à faire la paix avec son passé pour décider librement de son avenir.
À ceux qui hésitent encore à acheter votre roman, que diriez-vous pour leur donner envie de découvrir l’histoire d’Abiba ?
Je leur dirais d’ouvrir ce livre en toute confiance, comme on se lance dans une belle aventure.
Venez d’abord pour le plaisir de l’intrigue, les rebondissements et les émotions, puis laissez-vous porter par la réflexion que cette histoire propose sur nos propres vies.
La véritable raison de lire ce livre, c’est qu’il fait du bien. Il montre qu’en dépit des épreuves et des secrets familiaux, il est toujours possible de reprendre sa vie en main.
Après cette première publication, quels sont vos projets littéraires à court terme ?
Ce premier livre n’est qu’un début. Des séances de dédicaces et des rencontres avec le public sont prévues en Guinée et ailleurs, afin d’échanger directement avec les lecteurs. Ce contact est essentiel, car c’est aussi lui qui fait vivre un texte.
J’ai déjà plusieurs projets d’écriture terminés et beaucoup d’autres en préparation. Ce sont des projets plus denses, qui placent le destin de l’être humain au centre du récit.
Mon prochain livre est actuellement en phase de relecture finale et devrait être disponible avant la fin de l’année.
Pour conclure, quel message adressez-vous aux lecteurs et à ceux qui souhaitent soutenir les écrivains guinéens ?
À tous ceux qui aiment les livres, je dirais que soutenir nos auteurs, c’est faire entendre nos vérités et enrichir notre culture commune.
Lisez Les racines du futur : le combat d’Abiba contre l’invisible. C’est une histoire sincère, portée par l’espérance et la fierté de nos racines.
Le roman est accessible sur Amazon, en versions papier et numérique, et sera bientôt disponible en Guinée.
(https://www.amazon.fr/dp/B0HC48K2YG)
N’hésitez pas à le commander et à entrer dans cette aventure. Merci pour cette opportunité, et que l’aventure littéraire continue !
Bien des choses à vos fidèles lecteurs
Propos recueillis par Ousmane Camara
L’article Néné Hawa, romancière guinéenne : « Nos racines ne sont pas des prisons, ce sont des boussoles » est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 8 novembre 2026





