
Dans le souci de faciliter l’apprentissage des élèves du primaire et du secondaire, tout en améliorant les conditions de travail des enseignants en République de Guinée, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MENA-ETFP), à travers le Service national de la documentation et des bibliothèques scolaires (SNDBS), a organisé, ce jeudi 5 novembre, à l’Institut national de recherche et d’action pédagogiques (INRAP), un atelier de restitution et de validation de la stratégie de production et de diffusion des ressources éducatives libres (REL).
Présidée par la ministre en charge de l’Éducation, Bintou Keïta, la cérémonie d’ouverture a mobilisé un large éventail d’acteurs du système éducatif, ainsi que des partenaires techniques, financiers et institutionnels, notamment les directeurs communaux de l’éducation, les inspecteurs régionaux de l’éducation, les directeurs préfectoraux de l’éducation, l’UNICEF, l’Agence française de développement (AFD) et l’UNESCO.
Cet atelier vise à partager les résultats des travaux réalisés, à recueillir les observations et les contributions des différentes parties prenantes, mais également à procéder à un examen approfondi du document soumis à leur appréciation, en vue de sa validation.
Fruit d’un constat établi en 2019, qui avait mis en évidence les insuffisances persistantes de l’enseignement de base en République de Guinée, ce projet ambitionne de renforcer l’accès des apprenants et des enseignants, sur l’ensemble du territoire national, à des ressources éducatives diversifiées, pertinentes et de qualité, accessibles hors ligne.
Prenant la parole devant la presse, le directeur du Centre des ressources documentaires et porte-parole du ministère, Mohamed Ansa Diawara, a mis en lumière les retombées concrètes du projet pour ses bénéficiaires.
« J’avoue que, depuis le lancement de ce projet, ça a vraiment impacté positivement notre pays. Parce que, premièrement, nous avons bénéficié d’une bibliothèque numérique et cette bibliothèque numérique bientôt va être lancée. N’importe quel élève, sur n’importe quelle portion de la terre guinéenne, pourra se connecter et pourra aller vers les ressources. Sans oublier que nous avons bénéficié des planches murales alphabétiques, des kits pédagogiques, mais aussi la formation des bibliothécaires », a-t-il cité.
Selon Mohamed Ansa Diawara, ce projet permettra aux enseignants, aux établissements privés et aux autres acteurs concernés de contribuer à la production de contenus pédagogiques, qui pourront ensuite être partagés à l’échelle nationale et avec les pays partenaires du projet.
« Aujourd’hui c’est cette stratégie-là qui va être validée et qui dans les jours à venir, va nous permettre de produire des ressources éducatives libres. Chaque enseignant peut produire, chaque privé peut produire et nous pourrons mettre ça à l’échelle pour permettre à certains qui n’ont pas accès et qui n’ont pas de produits de ressources, d’apprendre et de mieux apprendre. Et nous pourrons également mutualiser avec d’autres pays. Les pays qui sont dans le même projet. Mais on ne peut mutualiser quand on aura pas produit ».
Il a également insisté sur les possibilités offertes par cette démarche en matière de partage d’expériences et de valorisation des bonnes pratiques pédagogiques. À titre illustratif, il a évoqué la possibilité de faire bénéficier l’ensemble de la communauté éducative des méthodes et astuces développées individuellement par certains enseignants.
« Donc nous allons produire, avec leur production aussi nous allons échanger entre nous, ça pourra aider l’enseignement-apprentissage, ça pourra aider les enseignants eux-mêmes parce que, je vous dis par exemple, c’est un tout petit exemple, un enseignant qui a une astuce peut être remonté à l’échelle et tous les autres apprendront à travers lui, les nouveaux anciens apprendront à travers eux, les élèves aussi apprendront. Donc, c’est très important cette stratégie parce que c’est aussi plein de projets qui vont être réalisés au fur et à mesure », a-t-il déclaré.
Présente à cette rencontre, la représentante résidente de l’UNICEF en Guinée, Maddelena Bertolotti, a, pour sa part, souligné le caractère particulier de cette initiative, qui intervient dans un contexte marqué par d’importantes réformes et de profondes reconfigurations du secteur de l’éducation et de la formation en Guinée.
« Dans un contexte où près de 83% des enfants de 10 ans ne parviennent pas à lire et comprendre un texte simple, la disponibilité des matériels didactiques et scolaires de qualité au cœur des salles de classe est un impératif absolu pour relever ce défi. L’élaboration d’une stratégie nationale d’accès aux ressources éducatives libres est un élément décisif dans ce domaine ».
La représentante de l’UNICEF a ensuite mis en exergue le potentiel de transformation de ces ressources, particulièrement pour les élèves issus des milieux défavorisés et ceux vivant dans les zones enclavées, où l’accès aux services d’apprentissage demeure limité.
« Ce potentiel transformateur s’adresse à tous les élèves mais surtout à ceux qui sont dans des milieux défavorisés ou encore ceux vivant dans des zones enclavées, qui n’ont pas accès adéquat aux services d’apprentissage. Et c’est de cela dont nous parlons aujourd’hui. Les ressources éducatives libres, ce sont des ouvrages, manuels, activités d’apprentissage, support visuel, outils d’évaluation ou encore des guides pédagogiques conçus pour soutenir l’enseignement et l’apprentissage dans les divers contextes pédagogiques. »
Dans cette perspective, la représentante résidente de l’UNICEF a rappelé l’accompagnement apporté par son institution au ministère de l’Éducation nationale dans le déploiement de la plateforme Learning Passport, également appelée « passeport d’apprentissage ».
« Cet outil, le Learning Passport, embarque des milliers de contenus éducatifs conformes au curriculum officiel national. Nous parlons ici des cours aujourd’hui, d’explication théorique, des capsules pédagogiques conçues par l’Institut National de Recherche et d’Action Pédagogique (INRAP), des exercices aussi d’auto-évaluation. Nous le savons tous, le numérique et les ressources éducatives entretiennent des relations étroites et dynamiques en facilitant leur diffusion, le numérique constitue un puissant levier pour rendre les contenus pédagogiques accessibles au plus grand nombre d’élèves, plus rapidement et aussi de manière plus inclusive.»
Évoquant les conditions nécessaires à la réussite de cette ambition, Maddelena Bertolotti a insisté sur l’importance de l’adaptation des outils numériques aux réalités locales, notamment dans les zones les plus reculées du pays.
« Le déploiement de ces ressources s’appuie également sur des solutions accessibles hors ligne, ne nécessitant pas donc de connexion permanente. Mais au-delà des outils, ce sont les enseignants qu’il convient d’outiller, qu’il faut outiller et aussi d’accompagner pour faire vivre ces contenus dans les salles de classe, et aussi les inspecteurs régionaux de l’éducation qui arrivent jusqu’au dernier village. C’est tout le sens de l’action coordonnée que nous menons avec le gouvernement et l’appui du Fonds Commun pour l’Éducation ».
De son côté, Mariama Sagna, coordinatrice de programme en éducation au Bureau régional de l’UNESCO, basé à Dakar, a présenté les principales attentes de son institution en tant que partenaire du projet.
« Nos attentes, c’est de voir les apprenants, toute la population guinéenne accéder à ces ressources et améliorer leurs connaissances. Parce que ces ressources vont au-delà des classes. On parle de ressources éducatives libres avec la base de données documentaires. Donc, tout un chacun doit pouvoir avoir accès à ces ressources qui seront libres d’accès pour la population de la Guinée mais, comme ils viennent de le rappeler aussi, la base de données documentaire que nous avons développée devrait permettre à la Guinée de mutualiser ses ressources avec les autres pays. Donc, tout ceci, donc, c’est pour diversifier les ressources existantes et permettre à tout un chacun d’avoir accès aux savoirs, mais surtout aux dynamiques qui sont en cours au niveau régional et international.»
Prenant à son tour la parole lors de la cérémonie de lancement officiel des travaux, la ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MENA-ETFP) a jugé opportun de revenir, chiffres à l’appui, sur les acquis enregistrés dans le cadre de ce projet, financé par l’AFD et mis en œuvre avec l’appui de l’UNESCO et de l’Institut français.
Parmi les résultats tangibles déjà obtenus, elle a notamment évoqué « Une soixantaine de bibliothèques formées en technique de gestion des bibliothèques scolaires. Alors, il y a plusieurs techniques de formation, mais là, c’est scolaire. L’acquisition de 3 000 livres de jeunesse. L’équipement de quelques bibliothèques scolaires. J’en profite pour remercier ceux qui font des efforts pour améliorer et faire en sorte que les enfants aient des livres à l’école, également au-delà des livres scolaires, parce que c’est le tout qui fait l’apprentissage. Une base de données documentaire avec la formation de ses utilisateurs. 2 500 planches murales alphabétiques pour les élèves des grandes sections et de CP1. 1 500 kits pédagogiques pour les élèves de ces classes et 100 kits pour les enseignants. Vous voyez la magnitude, on est dans des milliers ».
Tout en saluant ces avancées, la ministre a toutefois estimé que les efforts devront être considérablement amplifiés pour répondre aux besoins réels du système éducatif guinéen.
« Donc nous avons encore un très, très long chemin à faire pour arriver à faire en sorte que nous inondions nos salles de classe, nos établissements avec tous les équipements qui sont nécessaires. Et puis, la stratégie qui nous réunit aujourd’hui, j’espère que dans les deux jours que va se tenir cet atelier de validation, demain soir, j’entendrai que la stratégie a été validée et mise à disposition », a-t-elle souligné, avant d’adresser ses remerciements et ses félicitations à la direction du Service national de la documentation et des bibliothèques scolaires, ainsi qu’à l’ensemble des structures ayant contribué à la réalisation de ce travail.
Pour conclure, la ministre a tenu à rappeler que l’élaboration et la validation d’une stratégie ne sauraient constituer une finalité en elles-mêmes. Selon elle, leur pertinence doit avant tout être appréciée à l’aune des changements concrets qu’elles produisent dans les salles de classe et de leur contribution à l’acquisition des compétences fondamentales par les apprenants.
« Mesdames et messieurs, une stratégie, cependant, et j’insiste, n’est pas une fin en soi. Sa valeur, ses ressources à une seule chose : ce qu’il va changer dans la salle de classe. Vous allez beaucoup m’entendre répéter cela parce que tout ce que nous faisons, si ça ne change pas ce qui se passe entre l’enseignant et l’élève pour que les compétences fondamentales soient acquises, alors nous aurons fait beaucoup d’activités mais l’activité ne va pas se transformer en résultat. Donc ça, pour moi, vous allez dans tous mes discours, vous allez m’entendre répéter ça. Qu’est-ce que ça change dans la salle de classe ? Qu’est-ce que ça change pour l’apprenant et l’élève ?»
Mamadou Yaya Barry
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Last modified: 5 novembre 2026





