Ambassade de Guinée en Espagne

Matoto parc : « On ne sait pas comment nourrir nos enfants », le cri de détresse des commerçants face aux démolitions

8 novembre 2026

CONAKRY – Les opérations de démolition des boutiques et conteneurs des commerçants de Matoto parc ont débuté ce dimanche 8 novembre 2026, malgré les manifestations et les cris de détresse des occupants des lieux. Dès 9 heures, des machines, accompagnées de policiers et de gendarmes, ont investi le site pour procéder à la destruction des installations.

Sur place, la colère et l’inquiétude étaient perceptibles chez les commerçants, qui disent ne pas comprendre les conditions dans lesquelles cette opération est menée. Certains affirment avoir tenté de discuter avec les forces de sécurité avant le début des démolitions, mais sans succès.

C’est le cas de Mohamed Soumah, commerçant sur le site. Il raconte comment les événements se sont déroulés dans la matinée. « Ce matin, nous avons vu les pick-ups de la Gendarmerie et de la Police qui sont venus vers nous. Ils ont garés au bordure de route, soit disant qu’ils veulent casser nos magasins. Du coup, nous nous sommes mobilisés, pour aller les voir. Nous leur avons demandé qu’est-ce qui ne va pas ? Ils disent que c’est la marie et le gouvernorat qui leur ont ordonnés de venir saccager. On leur a dit : “Mais il y a personne dans le marchés et dans nos boutiques l’heure-là, à part des femmes.” Ils disent qu’ils s’en foutent de ça et qu’ils en ont reçu l’ordre. Donc du coup, la machine est venue saccager les magasins et les conteneurs », témoigne-t-il.

Au-delà de la destruction de leurs installations, les commerçants déplorent également des pertes de marchandises. Mohamed Soumah affirme que certains profitent de la confusion pour emporter les produits sortis des boutiques au moment des démolitions. « Du coup, on a beaucoup perdu et il y a les gens aussi qui profitent. Lorsqu’on fait sortir nos marchandises, ils prennent et les emportent. »

La situation est d’autant plus préoccupante pour ces commerçants qu’ils disent ne disposer d’aucun autre espace pour entreposer leurs marchandises et poursuivre leurs activités. Pour Mohamed Soumah, cette opération menace directement les moyens de subsistance de nombreuses familles : « il n’y a pas de place, on envoie nos marchandises à la maison, on a nos familles à nourrir, on a les enfants à la maison qui sont dans des écoles privées, on ne sait pas comment les nourrir. »

Le commerçant estime par ailleurs que ces démolitions risquent de décourager les jeunes qui souhaitent entreprendre et travailler dans leur propre pays. Il souligne que des étudiants et des personnes âgées figurent également parmi les occupants du site : « on encourage la jeunesse à retourner et à travailler dans notre pays, mais comme ça, ça n’encourage pas. Ici, il y a les étudiants parmi nous. Nos parents sont là aussi dans les boutiques. »

Autre motif d’incompréhension pour les commerçants : la délimitation des espaces concernés par l’opération. Selon Mohamed Soumah, certaines installations qui n’étaient pas marquées auraient également été détruites  : « vous constaterez vous-mêmes, en face de mon magasin, c’était coché. Mais ils disent maintenant qu’ils vont tout faire tomber. Parce qu’ils ont fait tomber des endroits qui n’étaient pas cochés. »

Face à cette situation, Mohamed Soumah lance un appel aux autorités, notamment au président de la République et au ministre du Commerce, afin qu’une solution soit trouvée pour permettre aux commerçants de poursuivre leurs activités : « on donne à Dieu. Les autorités, notamment, le président de la République, le ministre du Commerce, ils n’ont qu’à nous aider, afin d’avoir des places où nous pourrons nourrir nos familles. »

Pour l’heure, les opérations de démolition se poursuivent sur le site, tandis que les commerçants restent confrontés à l’incertitude quant à leur avenir et à la possibilité de retrouver de nouveaux espaces pour exercer leurs activités.

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com 

Last modified: 8 novembre 2026

Comments are closed.