
Le départ des orpailleurs burkinabè de Guinée continue de susciter des réactions et des interrogations sur les relations entre Conakry et Ouagadougou. Dans ce contexte, le député Abdoulaye Kourouma est sorti de son silence pour défendre la décision des autorités guinéennes de mettre fin à l’exploitation anarchique de l’or.
Pour le président du Rassemblement pour la renaissance et le développement (RRD), cette mesure relève de la souveraineté nationale et ne vise aucune communauté étrangère. Il appelle toutefois le gouvernement à mieux expliquer les motivations de cette décision afin d’éviter les incompréhensions avec les pays voisins.
D’entrée, le parlementaire précise qu’il intervient à la fois en sa qualité de député et en tant qu’acteur engagé dans le mouvement panafricaniste. Il entend notamment rappeler les relations de solidarité que la Guinée a entretenues avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, particulièrement pendant la période des sanctions régionales et internationales imposées à ces pays.
«Je prends la parole en tant que député de la République, mais aussi en tant que panafricaniste. Aujourd’hui, Dieu merci, je joue le rôle de vice-président du Réseau panafricaniste politique international. Ce qui fait mon déplacement dans plusieurs réunions concernant le rapport entre l’Afrique et d’autres institutions ou d’autres pays. Pour dire vrai, les vingt dernières années de l’histoire de l’Afrique, elle n’a jamais connu un panafricain, un président de la République qui a l’amour pour l’Afrique, qui aime les Africains comme le président Mamadi Doumbouya. L’Afrique n’a jamais connu un président qui aime ses voisins comme le président Mamadi Doumbouya », déclare-t-il.
Pour étayer son appréciation, Abdoulaye Kourouma revient sur la période durant laquelle le Mali, le Burkina Faso et le Niger étaient confrontés à des sanctions de la CEDEAO, de l’Union africaine et de leurs partenaires internationaux. Il rappelle notamment la position adoptée par les autorités guinéennes à cette période.
« Lorsque le Mali, le Burkina et le Niger sont rentrés dans l’inconstitutionnalité démocratique, si vous voulez, lorsqu’ils avaient cessé leurs relations avec la démocratie, il y a eu une résolution de la CEDEAO qui a été intérimée par l’Union africaine et la communauté internationale en leur coupant les vivres, parce que le transport aérien, maritime, tout était coupé. Les trois pays ont été isolés sous la décision de la CEDEAO, de l’Union africaine et de la communauté internationale. Tous leurs voisins leur ont interdit l’espace aérien, ils ont fermé les frontières, d’autres même leur ont coupé l’électricité. Le seul pays, le seul président de la République a défié la communauté internationale, c’est bien le président Mamadi Doumbouya, c’est bien la Guinée qui les a considérés comme des frères, des Africains », soutient-il.
Dans cette logique, le député estime que les réactions suscitées par la récente opération d’interdiction de l’exploitation anarchique de l’or doivent tenir compte de ce passé. Il rejette toute interprétation présentant cette décision comme une mesure dirigée contre les ressortissants burkinabè. Selon lui, plusieurs nationalités étaient représentées sur les sites concernés et des Guinéens y exerçaient également.
« Cette décision d’interdiction de l’exploitation anarchique ne vise pas une communauté ou une nationalité. Une décision qui a radié 22 administrateurs territoriaux, qui a même envoyé d’autres préfets et sous-préfets en prison. Ça, ce n’est pas une décision qui vise quand même un Burkinabè et ce n’était pas seulement que des Maliens. Le site appartient à la Guinée et des Guinéens y travaillaient. Ces Burkinabè étaient employés par la Guinée. Il y avait des Soudanais, il y avait des Maliens, il y avait des Ivoiriens. Je pense qu’à un moment donné de la vie, on doit avoir des retenues, on doit pouvoir vraiment contrôler, on doit reconnaître quand même l’effort des uns et des autres », explique-t-il.
Pour renforcer son argumentation, Abdoulaye Kourouma insiste sur les sanctions qui ont également touché des responsables guinéens dans le cadre de cette opération. À ses yeux, cet élément démontre que la mesure concerne l’organisation du secteur et non une nationalité particulière.
« C’est une décision administrative qui touche même les Guinéens, qui a même amené des administrateurs en prison, qui a même révoqué certains administrateurs de leurs fonctions. Si on traite le président Mamadi Doumbouya de tous les noms d’oiseaux, moi je voudrais rappeler aux Burkinabè, aux Maliens, aux Nigériens que le seul sauveur au moment où tout le monde entier leur a fait dos, c’était bel et bien la Guinée et le président de la République Mamadi Doumbouya », affirme-t-il.
Le parlementaire évoque également les facilités de déplacement accordées, selon lui, aux ressortissants des pays concernés lorsque leurs liaisons aériennes étaient perturbées par les sanctions.
« Pour quitter Paris, aller au Niger, il fallait venir en Guinée ! Affréter l’avion à partir de la Guinée pour aller au Niger ? Pour quitter Paris, aller au Burkina, il fallait venir en Guinée. La Guinée est le seul pays qui a dit non, les Maliens, les Burkinabè sont des Africains, sont des Guinéens, sont nos frères », rappelle-t-il.
Sur la question de l’orpaillage, Abdoulaye Kourouma estime que la Guinée ne fait qu’engager un processus de réglementation d’un secteur qui nécessite davantage de contrôle. Il évoque les enjeux de sécurité, de protection de l’environnement et d’organisation des activités minières, tout en soulignant que cette démarche n’est pas propre à la Guinée.
« On veut juste mettre de l’ordre dans un secteur dont tous les pays sont en train de faire. Le président IB, j’ai du respect pour lui, j’ai échangé avec le ministre des Affaires étrangères Jean Traoré sur la question, je lui ai dit : mais venez, ce n’est pas que des Burkinabè. Il dit qu’il comprend la décision du gouvernement. J’ai dit : ça ne concerne pas les Burkinabè. C’est une décision administrative qui a même touché les administrateurs territoriaux, qui a envoyé des préfets en prison, des sous-préfets en prison, des présidents des districts en prison. Il y avait des Soudanais, il y avait des Guinéens, il y avait des Maliens, il y avait des Burkinabè, c’étaient des Africains, mais nous sommes en train de mettre de l’ordre », rapporte-t-il.
Le député tient également à écarter toute idée de rejet des ressortissants étrangers vivant en Guinée. Il présente le pays comme une terre d’hospitalité où les Africains peuvent s’installer et mener leurs activités, sous réserve du respect des lois.
« Non, jamais. La Guinée est une terre d’hospitalité, tout le monde se sent chez lui en Afrique, mais en Guinée particulièrement, tous les Africains sont chez eux. La preuve est que, quelle que soit ta nationalité, tu peux t’acheter un terrain ici, construire, te marier et personne ne te demande. La Guinée est le seul pays où il n’y a pas de patrouille contre les gens et que tu peux faire 10 ans ici, si tu n’es pas accusé dans les affaires de crime ou de flagrant délit, tu ne trouveras aucun policier pour te demander de quelle nationalité tu es ou bien ton acte d’identité. Ça, ça ne se fait jamais », soutient-il.
Abdoulaye Kourouma revient ensuite sur son engagement panafricaniste et son plaidoyer en faveur de la libre circulation des personnes sur le continent. Il évoque notamment les difficultés rencontrées lors de ses déplacements dans certains pays africains.
« Moi, je fais tout le tour de l’Afrique quand même, je fais le tour de mon continent, je connais ce qui se passe. Je travaille pour la suppression des visas entre des pays africains, c’était mon rôle quand j’ai été élu vice-président du réseau panafricaniste, j’ai rencontré beaucoup de chefs d’État, je sais quelles difficultés j’ai pour rentrer dans certains pays », indique-t-il.
Le parlementaire met par ailleurs en garde contre les publications de certains blogueurs sur les réseaux sociaux, qu’il accuse de contribuer à alimenter les tensions entre les pays.
« Nous devons faire très attention à propos des blogueurs, très attention à propos des blogueurs. Les blogueurs créent souvent des problèmes qui ne valent pas la peine », prévient-il.
Il poursuit son argumentation en évoquant les conséquences de certaines publications sur les relations entre les États et les populations.
« Je pense que même nous chez nous, on doit mettre de l’ordre dans cette histoire des blogueurs et autres, on doit essayer de contrôler ce secteur quand même. Ce qui nous met de dos à dos aujourd’hui, ce sont des gens qui se sont livrés à des activités qui ne disent pas leur nom, ce qui fait aujourd’hui beaucoup de pays sont en train de tanguer à travers des gens qui n’ont qu’un téléphone de 100 dollars, 200 dollars pour dire n’importe quoi », déplore-t-il.
Toutefois, si Abdoulaye Kourouma défend la décision des autorités guinéennes, il interpelle également le gouvernement sur la manière dont celle-ci est expliquée à l’opinion publique. Il estime que les responsables gouvernementaux doivent assumer leurs responsabilités en apportant des clarifications et en privilégiant un discours susceptible d’apaiser les tensions.
« Tout ce que je peux demander aux gouvernants et au gouvernement, c’est de faire comprendre, c’est de communiquer sur la réalité. Il y a des responsabilités que nous incarnons, il faut que nous sachions communiquer à notre population. Quand les ministres prennent la parole, ils doivent vraiment motiver leur prise de parole, ils doivent apaiser la situation, ils doivent montrer à leur population, c’est une décision souveraine », recommande-t-il.
Il rappelle enfin que la régularisation de l’exploitation artisanale de l’or est un enjeu partagé par plusieurs pays africains. Il cite notamment les démarches engagées en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, tout en réaffirmant que chaque État doit pouvoir organiser ses activités minières en fonction de ses propres exigences.
« De regarder le passé et que ça soit le Burkina, que ça soit le Mali, que ça soit la Guinée, chacun de nous est en train de se battre pour la sécurité de son pays, protection de l’environnement et mettre de l’ordre dans certains secteurs, précisément les secteurs de mines. La Côte d’Ivoire est en train de faire le même combat, la Guinée est dans les mêmes combats. La décision ne vise personne, c’est une décision d’organisation, c’est une décision administrative, c’est une décision souveraine, ce n’est pas destiné à une nationalité, à une communauté ou à une région », affirme-t-il.
En conclusion, le député réaffirme son soutien à la décision gouvernementale et invite les ressortissants étrangers désireux de poursuivre leurs activités d’orpaillage en Guinée à se conformer aux dispositions légales. Il insiste également sur la nécessité de préserver les relations de fraternité entre les peuples africains.
« La Guinée tend la main à tous les pays africains, pour ma part, la Guinée milite pour le panafricanisme, pour ma part, la Guinée ne fait pas de différence entre les Africains vivant sur la terre africaine Guinée. […] Celui qui est prêt à venir exercer l’activité des orpailleurs et autres, qu’il se mette en ordre conformément à la loi et chacun est chez lui quand même en Guinée », conclut Abdoulaye Kourouma.
Pour le parlementaire, la souveraineté de la Guinée dans la gestion de ses ressources et la fraternité entre les États africains ne sont pas incompatibles. Il assume ainsi la décision des autorités, tout en appelant à une communication gouvernementale plus responsable afin d’éviter que la réglementation de l’orpaillage ne se transforme en différend entre les peuples.
Mayi Cissé
L’article Orpaillage en Guinée : Abdoulaye Kourouma défend la décision de Doumbouya et appelle à « mettre de l’ordre » dans le secteur est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 5 novembre 2026





