
Seize ans après le scrutin qui a ouvert la voie à ce que beaucoup qualifient de première alternance démocratique du pays, l’ancien président de la Transition affirme que les deux tours ont été truqués. Une accusation grave, qui contredit le témoignage constant de son plus proche collaborateur de l’époque.
Le général Sékouba Konaté a encore frappé fort. Invité de LGF, dans une interview largement relayée sur les réseaux sociaux, l’ancien président de la Transition est revenu sur la présidentielle de 2010, organisée sous son autorité. Son verdict est sans appel : fraude au premier tour, fraude au second.
« Si nous prenons les élections de 2010, le 1er tour, les gens ont bourré les urnes comme il le fallait (…) Le 2e tour, celui qui prétend avoir remporté a fait venir des Sud-Africains. Ces derniers ont manipulé les machines (…) Au 1er tour, il y a eu assez de triche. Au 2e tour aussi, il y a eu assez de triche », a-t-il déclaré.
Une parole d’autorité… mais une parole inconstante
Venant d’un homme qui a occupé le sommet de l’État, de telles déclarations devraient faire autorité. Le problème, c’est que Sékouba Konaté est connu pour la variabilité de ses récits. Sans cette inconstance, on aurait pu prendre ses propos pour argent comptant. En l’état, ils soulèvent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses.
Comment, concrètement, les urnes ont-elles été bourrées au premier tour ? Par qui, et où ? Comment le vainqueur du second tour a-t-il pu faire manipuler des machines alors qu’il n’était pas au pouvoir ? Si une telle opération a eu lieu, elle suppose nécessairement des complices au sein de l’appareil électoral et de l’État. Il faut les nommer. Et surtout, le démontrer. Sur un sujet aussi sérieux, de simples affirmations ne suffisent pas.
Le contre-récit de Tibou Kamara
Face à cette version, il existe un témoignage qui, lui, n’a pas varié : celui de Tibou Kamara, le plus proche collaborateur du général à l’époque. Dans une interview accordée à guinee7.com, il décrivait un Sékouba Konaté en retrait du processus électoral, et un premier tour dont les résultats sortis des urnes ont finalement été préservés.
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Et sur l’issue du contentieux électoral : « Lorsque la Cour suprême a eu à statuer sur les résultats, elle a procédé à des annulations dans certains des fiefs des différents candidats (…) mais sans à aucun moment toucher les résultats sortis des urnes et qui donnent des résultats comme suit : Cellou premier, Alpha deuxième. »
Deux récits inconciliables
Le contraste est saisissant. D’un côté, un président de la Transition qui dit aujourd’hui que les urnes ont été bourrées. De l’autre, son principal collaborateur qui affirme que le général se tenait à distance des arbitrages, et que la Cour suprême a rétabli la vérité des urnes. Les deux versions ne peuvent pas être vraies en même temps.
Si Sékouba Konaté avait connaissance d’une fraude massive, pourquoi s’être tu à l’époque, alors qu’il détenait tous les leviers du pouvoir ? Pourquoi avoir laissé proclamer des résultats qu’il savait viciés ? Et pourquoi parler maintenant ?
Le mal guinéen : des récits au gré des intérêts
Au-delà de cet épisode, c’est un travers bien guinéen qui se révèle. Nos acteurs politiques rendent compte de l’histoire selon leurs intérêts du moment, et non selon les faits. Les versions changent avec les alliances, les rancunes et les ambitions. Et c’est la mémoire collective qui en paie le prix.
La présidentielle de 2010 mérite mieux que des confidences à l’emporte-pièce. Si l’ancien chef de l’État détient des éléments, qu’il les mette sur la table : documents, témoins, procès-verbaux. Vivement la vérité sur cet épisode de notre histoire. Mais une vérité étayée. Car la Guinée n’a pas besoin d’aveux. Elle a besoin de preuves.
Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com
Last modified: 11 octobre 2026





