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Affaire Aladji Cellou : quand la justice guinéenne joue à cache-cache avec ses propres procédures

11 juillet 2026

Aladji-Cellou-Camara

Il était une fois, dans une République où les procédures judiciaires semblent parfois avoir le sens de l’improvisation, un ancien Directeur général qui, en l’espace de 72 heures, réussit l’exploit d’être placé sous contrôle judiciaire, maintenu en garde à vue, poursuivi en flagrant délit, incarcéré, puis finalement renvoyé devant la Chambre d’instruction. Le tout pour, semble-t-il, les mêmes faits.

Bienvenue dans le dossier Aladji Cellou, ancien Directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP), où la procédure avance, recule, vire à gauche, tourne à droite et finit par revenir à son point de départ. Même un GPS aurait demandé une mise à jour.

Le 6 juillet, la Chambre d’instruction place formellement l’ancien patron de l’OGP sous contrôle judiciaire. On aurait pu croire que les choses étaient claires. Erreur ! Trois jours plus tard, le voilà sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry, après une nouvelle séquence procédurale digne d’un scénario à rebondissements.

Et puisque la justice ne semble jamais à court d’imagination, voici surgir le flagrant délit. Un choix pour le moins spectaculaire dans un dossier financier dont l’enquête préliminaire, selon nos informations, ne serait même pas encore achevée, tous les mis en cause n’ayant pas été entendus et le montant exact du préjudice présumé restant à déterminer.

Mais le plus savoureux était encore à venir. Aladji Cellou Camara devait comparaître dès hier vendredi devant la CRIEF en flagrant délit. Seulement voilà : les infractions économiques et financières sont parfois de vilaines créatures, pleines de chiffres, de documents, d’expertises et de subtilités comptables. Le flagrant délit, si promptement dégainé la veille, aurait alors été abandonné au profit d’un retour devant… la Chambre d’instruction !

Retour à la case départ. La question devient alors irrésistible : pourquoi tant de gymnastique procédurale ? Pourquoi cet empressement à conduire en prison un homme qui, trois jours auparavant, bénéficiait d’un contrôle judiciaire ordonné par une juridiction compétente ? Et surtout, que deviennent les premières ordonnances lorsque, pour les mêmes faits et les mêmes personnes, une procédure semble en chasser une autre avant que la précédente n’ait dit son dernier mot ?

Allez-y savoir…

Le paradoxe devient plus saisissant encore lorsqu’on regarde le bilan revendiqué par l’ancien DG à la tête de l’OGP. Il aurait hérité d’une institution traînant 80 milliards de GNF de dettes, six mois d’arriérés de salaires et des caisses exsangues. Dix-huit mois plus tard, l’OGP aurait affiché 13 milliards de GNF de solde positif, reversé 14 milliards de taxes à l’État et payé 35 milliards de salaires, tout en lançant la géolocalisation et la digitalisation du parc publicitaire.

Bien entendu, une bonne gestion présumée ne constitue pas une immunité judiciaire. Redresser une entreprise publique ne dispense personne de rendre des comptes. Mais la reddition des comptes elle-même doit obéir à des règles lisibles, stables et prévisibles. Car lorsque la procédure donne l’impression de chercher désespérément le chemin qui mène à la prison, avant même d’avoir clairement établi le montant du préjudice allégué, le doute s’installe.

Et en matière de justice, le doute sur l’impartialité de la procédure peut être presque aussi ravageur que le doute sur la culpabilité.

Aladji Cellou est désormais en prison. Mais une autre question reste en liberté : qui juge qui, lorsque la procédure elle-même semble avoir besoin d’être instruite ?

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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Last modified: 11 juillet 2026

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