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Port de Conakry : avant-dernier au monde, la Guinée perd du terrain face à Dakar, Lomé…

21 juin 2026

Port de Conakry

‘‘Dis donc ! Qui peut m’expliquer ce qui arrive avec le port de Conakry ? J’y ai envoyé un conteneur il y a presque cinq mois. Jusqu’à présent, il n’est toujours pas arrivé. D’abord, ils l’ont envoyé à Lomé. Maintenant, je vois qu’il est parti en Espagne. Mais qu’est-ce qu’il va faire en Espagne ? Peut-être qu’il n’arrivera qu’au bout de six mois. Mon client est vraiment pressé. Je n’aime pas ça !’’

Prononcés dans un français approximatif, ces propos d’un opérateur économique chinois ont récemment fait le tour des réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Derrière le ton spontané de cette plainte se cache pourtant une réalité préoccupante : les difficultés croissantes du Port autonome de Conakry (PAC), principal point d’entrée du commerce extérieur guinéen.

Le témoignage du commerçant asiatique n’est pas isolé. À Conakry, un responsable d’une compagnie maritime confie également son inquiétude. Selon lui, un navire affrété pour transporter des véhicules depuis Anvers (Belgique) est resté immobilisé plusieurs jours dans les eaux guinéennes avant d’être finalement traité.

‘‘Nous risquons le licenciement. À ce rythme, il deviendra difficile de convaincre les armateurs de desservir la Guinée. Les compagnies maritimes ont des engagements dans d’autres ports et ne peuvent pas se permettre des retards aussi importants’’, alerte-t-il.

Ces témoignages traduisent un malaise profond qui dépasse le simple cadre portuaire. Ils illustrent les dysfonctionnements d’une infrastructure stratégique dont dépend une grande partie de l’activité économique nationale.

Une chute spectaculaire dans le classement mondial

Les inquiétudes exprimées par les acteurs économiques trouvent un écho dans les données internationales les plus récentes. Dans son édition 2025 du Container Port Performance Index (CPPI), élaborée conjointement par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, le Port autonome de Conakry occupe la 399è place sur 400 ports évalués à travers le monde.

Le port guinéen ne devance que celui du Cap, en Afrique du Sud. Sur le continent africain, il se classe 53e sur 54 ports répertoriés.

Plus préoccupant encore, son score s’est effondré à -275,9 contre seulement -2 l’année précédente, enregistrant ainsi l’une des plus fortes dégradations observées dans le classement mondial.

Des navires qui attendent plus qu’ils ne travaillent

Derrière cette contre-performance se cache une réalité opérationnelle alarmante. Selon le rapport, la proportion du temps consacré aux opérations effectives de chargement et de déchargement est passée de 73 % en 2024 à seulement 37 % en 2025.

Autrement dit, les navires passent désormais davantage de temps à attendre qu’à travailler. Plus de six heures sur dix passées dans le port de Conakry sont consacrées à l’attente au mouillage, sans aucune activité commerciale.

Cette situation entraîne des coûts supplémentaires considérables pour les armateurs, les importateurs et, in fine, les consommateurs.

Un handicap pour l’économie nationale

Les conséquences de cette dégradation sont déjà visibles. Face aux lenteurs enregistrées à Conakry, de nombreux opérateurs économiques privilégient désormais les ports voisins, notamment Dakar, Freetown ou encore Banjul, avant d’acheminer leurs marchandises par voie terrestre vers la Guinée.

Cette réorientation des flux commerciaux représente un manque à gagner pour le Port autonome de Conakry et pour l’économie nationale dans son ensemble.

Les importateurs dénoncent également une hausse significative des coûts logistiques. Les frais liés aux retards et aux détours imposés aux marchandises finissent par être répercutés sur les prix des produits importés, contribuant ainsi à la cherté de la vie.

La situation affecte également le positionnement régional de la Guinée. Plusieurs opérateurs maliens, qui utilisaient traditionnellement le corridor guinéen pour leurs importations, se tournent désormais vers d’autres plateformes portuaires de la sous-région jugées plus fiables et plus compétitives.

L’urgence d’un sursaut

Alors que la Guinée ambitionne de devenir un hub logistique et minier majeur grâce notamment au développement du projet Simandou et aux investissements massifs dans les infrastructures, les performances du Port autonome de Conakry apparaissent comme un signal d’alarme.

L’amélioration de la fluidité portuaire, la réduction des délais de traitement des navires, la modernisation des équipements et l’optimisation de la gouvernance constituent désormais des impératifs économiques.

Car au-delà des chiffres et des classements, c’est la compétitivité même de l’économie guinéenne qui est en jeu. Un port performant attire les investissements, réduit les coûts logistiques et stimule les échanges commerciaux. À l’inverse, un port congestionné risque de détourner durablement les flux commerciaux vers les pays voisins.

La publication du CPPI 2025 sonne ainsi comme un avertissement sévère. Reste à savoir si les autorités portuaires et les décideurs économiques sauront transformer ce signal d’alerte en opportunité de réforme.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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Last modified: 21 juin 2026

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