
À l’occasion d’une conférence de presse animée ce mercredi 17 juin à la Maison de la Presse de Guinée autour du « contentieux électoral », la Coalition Pour la Rupture (CPR) et le parti politique Bloc Libéral (BL) ont dénoncé de nombreuses irrégularités ayant entaché les élections du 31 mai dernier en République de Guinée.

Les responsables de ces formations politiques ont regretté qu’en dépit des ambitions affichées de refondation et de rupture, les mêmes dysfonctionnements du passé persistent. Selon eux, « la montagne a accouché d’une souris », tant les promesses de changement peinent à se traduire dans les faits.
Les deux entités politiques ont notamment dénoncé l’expulsion de délégués des bureaux de vote, la soustraction de suffrages, l’annulation du scrutin dans certaines circonscriptions, ainsi que des cas présumés de déplacement et de bourrage d’urnes.
« La manipulation électorale commence au niveau des bureaux de vote eux-mêmes. Et vous le savez, pour les élections passées, ici à Conakry, nous avions signalé dès la matinée, lorsque nous avons voté, que des documents essentiels manquaient à l’appel. On nous avait assuré à ce moment-là qu’aux alentours de 16 heures, les procès-verbaux seraient envoyés dans les bureaux de vote. […] Dans certaines localités, les procès-verbaux ont été acheminés par hélicoptère à 2 heures du matin. Imaginez que les procès-verbaux soient acheminés à Nzérékoré le lundi 1er juin à 2 heures du matin. Et parmi ces procès-verbaux, certains doivent aller à Beyla, d’autres à Yomou, à Lola, à Guéckédou ou encore à Macenta. Vous pouvez imaginer à quel moment ces procès-verbaux peuvent être sur place pour que les résultats des élections soient enregistrés. Donc, à ce niveau-là, il y a eu un manque de transparence. »
Selon Dr Faya Lansana Millimouno : « Nous savons généralement que les résultats issus des bureaux de vote sont les seuls vrais résultats. Certains d’entre vous, dans les médias, ont même été suspendus pour avoir communiqué les résultats des bureaux de vote. Or, les seuls vrais résultats sont ceux qui sont sortis des bureaux de vote, dont le dépouillement a été fait devant tout le monde et dont le procès-verbal a été établi devant tout le monde. Même vous, de la presse, vous savez que vous n’avez pas eu l’autorisation de communiquer là-dessus, sous peine de suspension ou de dissolution. »
Parmi les contestations formulées par les conférenciers figure le cas de Wonkifong, dans la préfecture de Coyah, où leurs délégués n’auraient pas été acceptés dans les Commissions administratives de centralisation du vote (CACV).
« Lorsque vous prenez une circonscription comme Wonkifong, où il peut y avoir plusieurs bureaux de vote, parfois une centaine ou deux cents, l’ensemble des procès-verbaux provenant de ces bureaux de vote est centralisé à Wonkifong. Les totalisations y sont faites et ce sont ces procès-verbaux que nous avons pu obtenir pour certains. Parce que, comme nous vous l’avons dit, dans bien des cas, nos délégués n’ont pas été acceptés dans les bureaux de vote. Dans bien des cas également, nos délégués n’ont pas été acceptés dans les CACV. Mais comment avons-nous pu obtenir certains documents ? Parce que la loi prévoyait que les délégués des différentes entités en compétition soient tirés au sort. Dans ce tirage au sort, le Bloc Libéral avait obtenu 68 assesseurs. Cela a été pour nous la première occasion de savoir réellement ce qui s’était passé au niveau de la centralisation », s’est-il justifié.
Poursuivant son argumentaire, le responsable politique a expliqué que les données en possession du Bloc Libéral ne représentent qu’une partie des résultats disponibles.
« Puisque les autres entités figurant sur la liste nationale étaient au nombre de 26, nous avons sollicité certains collègues qui ont partagé avec nous les procès-verbaux que leurs assesseurs leur avaient remis dans certains CACV. C’est ce qui nous a permis d’obtenir 202 procès-verbaux. Et vous le savez, au niveau national, il y a 376 circonscriptions communales. Si vous enlevez 202, il en reste encore 174 pour lesquelles nous n’avons pas de procès-verbaux. Le chiffre de 67 000 voix soustraites au Bloc Libéral ne concerne donc pas la totalité des circonscriptions communales. Il ne concerne même pas les votes exprimés hors du territoire national. Car, selon la base de données de la DGE elle-même, il y a 495 provenances. C’est la totalisation de ces 495 provenances qui devait nous permettre de connaître exactement le nombre de voix obtenues par le Bloc Libéral ainsi que celles qui lui ont été frauduleusement soustraites. Ce que nous avons pu totaliser ne concerne que 202 procès-verbaux sur 495. »
Dr Faya Lansana Millimouno a également dénoncé les résultats provisoires, qu’il qualifie d’arbitraires.
« Vous comprendrez bien que nous sommes dans une situation où, le jour de la proclamation des résultats globaux provisoires, on a simplement attribué des chiffres au hasard à certaines entités. Nous avons eu l’occasion de parcourir les requêtes déposées par certains collègues. Quand certains vous disent que, dans certaines sous-préfectures, ils ont obtenu 2 500 voix sur les procès-verbaux de centralisation et qu’au niveau national ils n’en ont obtenu que 1 000, c’est vraiment la magie de la DGE qui peut produire une telle situation. Si toutes nos voix sont prises en compte, nous pourrions avoir plus de 250 000 voix, car il reste encore près de 300 circonscriptions à examiner. Nous ne disposons pas encore des procès-verbaux de centralisation, mais la Cour, heureusement, les détient tous. Si elle les examine, elle pourra même constater qu’il y a eu manipulation entre les procès-verbaux issus des bureaux de vote et ceux de la centralisation », a-t-il expliqué.
À en croire la Coalition Pour la Rupture et le Bloc Libéral, plusieurs circonscriptions n’auraient même pas effectivement voté. Les responsables politiques affirment avoir relevé de nombreuses incohérences dans les résultats compilés.
« Nous avons même trouvé des situations où notre cher ami, le président du FRONDEG, Abdoulaye Yéro Baldé, a obtenu 2 500 voix sur un procès-verbal de centralisation alors que 24 autres candidats étaient crédités de zéro voix. Ça, c’est la magie de la DGE. Nous ne finirons pas de vous énumérer toutes les irrégularités constatées. »
En conclusion, le président d’honneur du Bloc Libéral a invité la plus haute juridiction du pays à assumer pleinement sa mission de garante de la sincérité du scrutin.
« On peut simplement conclure en disant que les élections qui viennent de se passer ont été les plus catastrophiques de l’histoire politique de notre pays. Elles ont été les plus catastrophiques de l’histoire politique de notre pays. Nous encourageons la Cour suprême à veiller au respect de la souveraineté populaire, parce qu’il s’agit de ceux qui vont représenter les intérêts du peuple guinéen lorsqu’il sera question de décider comment dépenser l’argent public et à quelles fins. »
Mamadou Yaya BARRY
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Last modified: 17 juin 2026





