Le tribunal correctionnel de Rennes a condamné le lundi 8 juin 2026 à deux ans de prison ferme un « marabout » guinéen qui avait poussé au suicide un chef d’entreprise de Meillac (Ille-et-Vilaine) et a délivré à son encontre un mandat d’arrêt après qu’il se soit enfui du tribunal pendant le délibéré.
La « relation » entre le chef d’entreprise de Meillac et Mr G. avait débuté en 2021 quand le premier se trouvait alors en plein « désespoir sentimental » alors qu’il venait de se séparer de sa compagne. Il avait donc fait appel aux services de ce « marabout » exerçant les « arts divinatoires », qui garantissait le « retour de l’être aimé » en suivant une méthode à base de « sacrifices » d’animaux « par correspondance » ou de « lectures de versets du Coran ».
Dans le téléphone de la victime, les enquêteurs ont découvert plus de 1.300 messages et appels – souvent passés entre « 3h30 et 6h du matin » – dans lesquels il faisait part de son « envie d’en finir ». « Je n’en peux plus Barry, tu me fais faire des conneries, je ne sais plus comment faire », avait-il par exemple écrit. En réponse, le « marabout » lui promettait de « finir vite » si le quadragénaire lui « trouvait ça ».
« Tout ce qu’il a payé, c’est par rapport au travail qu’on faisait », a assuré lundi 8 juin Mr G. à la barre du tribunal correctionnel de Rennes, devant lequel il comparaissait pour « pratiques commerciales agressives ». « On se parlait tous les jours comme des amis, j’ai fait ça dans son intérêt personnel », certifie-t-il.
« Pour son intérêt personnel ou pour son argent ? », raille le président du tribunal. « C’était positif pour moi, ce que j’ai fait pour lui, il y a des choses qui ont marché », a répondu le mis en cause.
S’il admet avoir compris que son « ami » était « au bout », le « marabout »autoproclamé – qui s’est aujourd’hui reconverti dans « la plonge » – n’a pourtant jamais prévenu les secours. « Pour moi, ce n’était pas nécessaire », a expliqué ce Guinéen de 52 ans établi à Avignon (Vaucluse). « Cela s’appelle de la non-assistance à personne en danger, monsieur », lui a fait remarquer un assesseur du tribunal.
« Il est difficile de ne pas faire un lien entre la pratique commerciale et le suicide du chef d’entreprise », a confirmé un inspecteur de la répression des fraudes appelé à témoigner à la barre. Selon lui, le mis en cause ne pouvait « pas ignorer »le « désespoir » dans lequel se trouvait son « client » ; ses « sollicitations insistantes et injustifiées » n’ont « pu qu’être de nature à vicier le consentement » de la victime. « Il savait très bien ce qu’il faisait et il en a profité », a fustigé Me Mikaël Le Rol, l’avocat de l’ex-compagne et du fils du défunt.
C’est pourtant la victime qui était « à la manœuvre », est convaincue pour sa part l’avocate de Mr G. « C’est lui qui vient demander et, avant chaque message de Mr G, il y a toujours un appel manqué du chef d’entreprise », en veut pour preuve Me Sylvie Menvielle qui avait donc plaidé la « relaxe » de son client.
Le procureur de la République avait lui requis dix-huit mois de prison ferme à l’encontre de Mr G, déjà condamné par le passé pour « escroquerie », « travail dissimulé » et « abus de faiblesse ». Le magistrat avait aussi demandé au tribunal d’ordonner l’incarcération immédiate du prévenu qui comparaissait libre à l’audience.
Le tribunal correctionnel de Rennes a finalement condamné le « marabout » à deux ans de prison ferme et a décerné un mandat d’arrêt à son encontre : il est en effet parvenu à s’enfuir du tribunal avant que les juges rendent leur décision. Il lui est aussi fait interdiction d’exercer toute « activité commerciale » pendant cinq ans.
Source : france3
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